BPU, DPGF, DQE : comprendre et remplir les bordereaux de prix BTP
Guide complet sur le BPU, la DPGF et le DQE dans les marchés publics BTP : définitions, différences, méthode de remplissage, erreurs à éviter et stratégie de prix pour remporter les marchés.
BPU, DPGF, DQE : définitions claires
Dans les marchés publics BTP, les documents de prix portent des acronymes qui déstabilisent souvent les artisans et PME qui se lancent. Voici les définitions essentielles.
Le BPU — Bordereau de Prix Unitaires
Le BPU liste les prix unitaires de chaque prestation envisagée dans le marché. L'acheteur y indique la nature de chaque prestation (ex : "maçonnerie de parpaings 20×20×50") et vous devez remplir votre prix HT pour l'unité correspondante (ici, le m²).
Le BPU est utilisé pour les marchés à bons de commande ou les marchés dont le volume exact de travaux n'est pas connu à l'avance. Le montant final du marché sera calculé en multipliant chaque prix unitaire par les quantités réellement commandées.
La DPGF — Décomposition du Prix Global et Forfaitaire
La DPGF s'utilise pour les marchés à prix forfaitaire, où les quantités sont définies à l'avance. Elle décompose le montant total en postes détaillés. Vous renseignez un prix pour chaque poste, et la somme de tous les postes donne le montant total de votre offre.
Contrairement au BPU, la DPGF engage votre entreprise sur des quantités définies. Elle est courante pour les marchés de travaux neufs ou de rénovation dont les quantités sont précisément connues (via les plans et les métrés du maître d'œuvre).
Le DQE — Détail Quantitatif Estimatif
Le DQE est un document intermédiaire qui combine un BPU et des quantités estimatives. Il permet à l'acheteur de calculer un montant estimatif de l'offre pour comparer les candidats. Les quantités indiquées sont estimatives et non contractuelles — seuls les prix unitaires que vous renseignez s'imposent.
| Document | Type de marché | Quantités | Ce que vous renseignez |
| BPU | À bons de commande | Non définies | Prix unitaires |
| DPGF | Forfaitaire | Définies | Prix par poste |
| DQE | Comparaison | Estimatives | Prix unitaires |
Quel document remplir selon le type de marché ?
Marché à prix forfaitaire → DPGF
C'est le plus courant pour les travaux de construction ou rénovation avec plans et métrés détaillés. L'acheteur vous fournit un tableau avec la liste des prestations et les quantités. Vous remplissez un prix unitaire et le logiciel calcule le total.
Exemple : rénovation de la façade d'une école communale. Le maître d'œuvre a établi les métrés : 450 m² de ravalement, 80 ml de corniche, 12 fenêtres à reprendre. Vous remplissez votre prix pour chacun de ces postes dans la DPGF.
Marché à bons de commande → BPU
Utilisé quand les quantités varient en fonction des besoins de l'acheteur (marchés de maintenance, d'entretien, de travaux à la demande). L'acheteur définit des montants minimum et maximum sur la durée du marché.
Exemple : marché de maintenance électrique d'une commune pour 3 ans. L'acheteur ne sait pas exactement combien d'interventions il commandera. Vous renseignez vos prix unitaires pour chaque type d'intervention (remplacement tableau électrique, tirage de câble au ml, etc.).
Marché sur catalogue → pas de bordereau spécifique
Pour certains marchés de fournitures, l'acheteur demande directement votre catalogue tarifaire plutôt qu'un BPU structuré.
Comment remplir une DPGF : méthode pas-à-pas
Étape 1 — Téléchargez la DPGF au bon format
La DPGF est fournie par l'acheteur dans le DCE, généralement en format Excel (.xlsx). Ne la reformatez pas sans raison — remplissez-la telle quelle. Modifier la structure peut entraîner des erreurs de calcul ou des difficultés de traitement côté acheteur.
Étape 2 — Lisez le CCTP avant de remplir
La DPGF liste les postes, mais le CCTP précise les prescriptions techniques pour chacun. Avant de chiffrer un poste "isolation thermique par l'extérieur", vérifiez dans le CCTP le type de matériau imposé, l'épaisseur minimale, les normes à respecter. Chiffrer sans lire le CCTP peut vous amener à sous-évaluer (et perdre de l'argent) ou surévaluer (et perdre le marché).
Étape 3 — Calculez vos prix de revient
Pour chaque poste, calculez votre coût réel :
- Main-d'œuvre : nombre d'heures × coût horaire chargé
- Matériaux : coût d'achat + transport + perte
- Matériel : amortissement ou location
- Sous-traitance éventuelle
Ajoutez ensuite votre marge commerciale. En BTP, les marges varient de 5 à 15 % selon les corps d'état et les types de marchés.
Étape 4 — Vérifiez la cohérence globale
Après avoir rempli tous les postes, regardez le montant total. Est-il cohérent avec le montant estimatif indiqué dans l'avis BOAMP ou dans le RC ? Un écart supérieur à 30-40 % mérite d'être investigué — soit vos prix sont très différents du marché, soit vous avez fait une erreur sur un poste.
Étape 5 — Sauvegardez et exportez en PDF
Pour le dépôt, convertissez votre DPGF Excel en PDF après l'avoir remplie. Gardez l'Excel original de côté — il vous servira pour les travaux modificatifs ou les avenants éventuels.
Stratégie de prix dans les marchés publics BTP
Comprendre la notation par le prix
Dans la plupart des marchés, le prix est noté selon une formule mathématique. La formule la plus courante attribue 100 % de la note prix à l'offre la moins chère et note les autres proportionnellement. Exemple avec une pondération prix à 40 % :
Note prix = (Offre la moins chère / Votre offre) × 40
Si votre offre est 20 % plus chère que la moins chère, vous obtenez 33,3 points sur 40 au lieu de 40. Cette perte de 6,7 points doit être compensée par votre note technique.
Le piège du prix trop bas
Proposer un prix anormalement bas pour gagner un marché expose à plusieurs risques :
- L'offre anormalement basse : l'acheteur peut vous demander de justifier vos prix. Si vous ne pouvez pas démontrer la viabilité économique, votre offre sera rejetée.
- La perte financière : un chantier sous-évalué génère des pertes réelles et dégrade votre trésorerie.
- La réputation : un chantier mal exécuté faute de budget ruine votre référence auprès de cet acheteur.
Les postes où jouer sur le prix
Si vous souhaitez être compétitif sur le prix sans vous mettre en danger :
- Cherchez les gains sur les postes de main-d'œuvre (productivité de vos équipes, organisation du chantier)
- Négociez en amont avec vos fournisseurs pour ce marché spécifique
- Évaluez les économies d'échelle si vous traitez plusieurs lots du même marché
La sous-traitance dans le bordereau
Si vous comptez sous-traiter une partie des travaux, vérifiez dans le RC si la sous-traitance est autorisée et dans quelle proportion. En marchés publics, la sous-traitance est encadrée par la loi de 1975 : le sous-traitant doit être déclaré et agréé par l'acheteur, et dispose d'un droit au paiement direct.
Les erreurs les plus courantes sur le BPU / DPGF
Laisser des cases vides
Une case vide dans une DPGF est interprétée comme un prix nul (0 €). L'acheteur peut considérer que vous réaliserez cette prestation gratuitement — et il aura légalement raison. Remplissez absolument toutes les cases, même si vous mettez un prix symbolique (mais cohérent).
Ne pas respecter les unités
Si la DPGF demande un prix au m² et que vous renseignez un prix au m³, la comparaison avec les autres candidats devient impossible. Vérifiez systématiquement l'unité de chaque poste.
Modifier la structure du document
Ajouter, supprimer ou renommer des postes dans la DPGF fournie par l'acheteur peut entraîner le rejet de votre offre. Si vous pensez qu'un poste manque ou est incorrect, signalez-le à l'acheteur via la messagerie de la plateforme en posant une question formelle avant la date limite.
Oublier la TVA
Les marchés publics BTP s'entendent hors taxes. Remplissez toujours vos prix en HT. L'acheteur applique ensuite la TVA selon les règles applicables (taux réduit à 10 % ou 5,5 % pour certaines rénovations, taux normal à 20 % pour le neuf).
Questions fréquentes sur le BPU et la DPGF
Peut-on négocier les postes d'une DPGF ?
Non, vous ne pouvez pas modifier les postes. En revanche, si l'acheteur a prévu une phase de négociation (procédure avec négociation ou appel d'offres restreint), vous pourrez ajuster vos prix lors de cette phase. Dans un appel d'offres ouvert classique, votre première offre est définitive.
Que faire si un poste de la DPGF ne correspond pas à ce qu'on sait faire ?
Signalez-le à l'acheteur par message sur la plateforme avant la date limite de remise des offres. Posez votre question de façon précise et écrite — l'acheteur est tenu de répondre à toutes les questions dans les mêmes délais. Si sa réponse confirme que vous ne pouvez pas exécuter ce poste, évaluez si le lot vaut quand même la candidature.
Comment savoir si mon offre de prix est compétitive ?
Consultez les avis d'attribution publiés sur le BOAMP pour des marchés similaires. Ces avis mentionnent parfois le montant de l'offre retenue. Vous pouvez aussi vous référer aux indices BTP publiés par l'INSEE pour calibrer vos prix de main-d'œuvre et de matériaux.
Conclusion
Maîtriser le BPU et la DPGF, c'est maîtriser la composante prix de votre offre — et comprendre comment elle interagit avec votre note technique pour déterminer votre classement final. Une offre bien structurée, avec des prix cohérents et justifiables, est le socle sur lequel votre mémoire technique peut construire l'argument de la valeur.
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